De VENUS à LEANDREA : capitaliser sur des années de recherche
Le programme européen EU-SMR-LFR vise à réduire au maximum les délais de réalisation traditionnellement longs des projets nucléaires en impliquant dès le début les autorités de sûreté nucléaire au développement du réacteur. C’est pourquoi un processus international de pré-autorisation a été lancé en 2025, dans le cadre duquel le consortium se concerte dès le début avec ces autorités sur les attentes et les exigences de sûreté.
Dans le cadre de ce processus, des experts de l’AFCN, de la CNCAN et de l’AIEA ont récemment visité plusieurs installations du SCK CEN. Ils y ont découvert un autre atout majeur pour LEANDREA : le réacteur de puissance nulle VENUS, une infrastructure unique que le SCK CEN utilise depuis 2011 pour mener des expériences sur les systèmes de réacteurs rapides.
Cette longueur d’avance en matière de connaissances et d’infrastructures, associée à la concertation précoce avec les autorités de sûreté nucléaire dans le cadre du processus de pré-autorisation, devrait contribuer à accélérer le développement de LEANDREA.
Nous ne partons pas de zéro
La recherche expérimentale joue un rôle important dans le développement d’un réacteur refroidi au plomb comme LEANDREA. Elle fournit des données sur le comportement des systèmes de réacteurs rapides et permet de valider des calculs, des données nucléaires et des modèles. Grâce à VENUS, le SCK CEN dispose de l’infrastructure nécessaire pour mener à bien ces travaux.
Le SCK CEN utilise VENUS depuis 2011 pour la recherche sur les systèmes de réacteurs rapides. L’histoire de l’installation remonte à 1964. En 2007, le SCK CEN a décidé de transformer en profondeur VENUS pour en faire une installation d’essai flexible destinée, entre autres, aux systèmes pilotés par accélérateur (Accelerator Driven Systems), dans lesquels un accélérateur de particules est couplé à un réacteur, ainsi qu’aux systèmes de réacteurs innovants tels que les SMR refroidis au plomb.
Ne vous laissez pas tromper par le terme « réacteur de puissance nulle ». VENUS a une puissance d’environ 500 watts, soit à peu près la moitié de celle d’un aspirateur domestique. Son objectif n’est donc pas de produire de l’énergie. La force de VENUS réside dans les expériences : les chercheurs peuvent y étudier la physique des réacteurs, vérifier des calculs et collecter les données nécessaires au développement de nouveaux systèmes de réacteurs.
L’infrastructure est notamment utilisée pour étudier le comportement des neutrons dans les systèmes de réacteurs rapides et pour valider des données nucléaires et des modèles de calcul. Les connaissances et l’expérience que le SCK CEN a acquises au fil des ans lui confèrent aujourd’hui une longueur d’avance dans le développement de LEANDREA.
Une plus-value à l’échelle européenne
Les possibilités offertes par VENUS vont bien au-delà de LEANDREA. L’installation est utilisée dans le cadre du programme plus large EU-SMR-LFR et est mise à la disposition d’autres concepteurs de réacteurs et organismes de recherche.
Les réacteurs de puissance nulle destinés aux systèmes de réacteurs rapides ne sont pas monnaie courante en Europe. De plus, l’installation à elle seule ne suffit pas : la mise en place d'expériences pertinentes, l'exécution de mesures et l'interprétation des résultats nécessitent des connaissances et des expériences spécialisées. Quiconque a besoin de données expérimentales pour le développement d’un réacteur rapide peut donc faire appel aux capacités et à l’expertise déjà disponibles aujourd’hui auprès du SCK CEN, sans devoir les mettre en place lui-même au préalable.
De cette manière, VENUS peut également soutenir d’autres projets de réacteurs européens. Cela s’inscrit dans l’ambition européenne plus large de poursuivre le développement de sa propre technologie nucléaire et de rendre l’approvisionnement énergétique plus robuste et moins dépendant. En exploitant plus largement les infrastructures de recherche existantes et l’expertise nucléaire déjà disponibles aujourd’hui, les nouveaux développements en matière de réacteurs peuvent également en tirer profit.