Un sommet plaide pour l'intégration de la thérapie par radioligands dans le Plan cancer belge
D’ici 2035, le nombre de patients atteints d’un cancer pouvant bénéficier d’une thérapie par radioligands (RLT) sera multiplié par dix à quinze. Aujourd’hui, des décideurs politiques, des cliniciens et des experts se réunissent lors du sommet « Scaling up nuclear medicine » autour d’une question : « Quelles mesures prendre pour ne pas laisser ces patients pour compte ? ». Leur ambition est d’ancrer la thérapie par radioligands dans la politique belge de lutte contre le cancer, de préparer notre système de soins à un déploiement à grande échelle de la RLT et de positionner la Belgique comme pionnière sur la scène internationale.
Aujourd’hui, la thérapie par radioligands est uniquement utilisée pour traiter les tumeurs neuroendocrines et le cancer de la prostate métastatique. Ce traitement du cancer se caractérise par le fait que les patients ressentent généralement moins d’effets secondaires et conservent ainsi une meilleure qualité de vie. Environ 400 études cliniques1 sont en cours dans le monde entier afin d’étendre cette thérapie à d’autres types de cancer. Certaines d'entre elles en sont à la phase clinique finale. « On prévoit une multiplication par dix, voire par quinze, du nombre de patients éligibles à la thérapie par radioligands d'ici 2035. Nous devons nous y préparer dès maintenant », précise Sarah Baatout, directrice adjointe de l'institut Nuclear Medical Applications du SCK CEN. La perspective que tant de patients puissent bénéficier de ce traitement suscite un intérêt politique croissant.
« En 2025, la Belgique a contribué à soigner près de 13 millions de patients à travers le monde grâce à la production de radio-isotopes médicaux. La médecine nucléaire constitue un véritable secteur d’excellence pour notre pays. Nous bénéficions d’un écosystème unique, qui associe institutions de pointe, infrastructures de qualité et expertise reconnue sur le plan international. Cela nous confère à la fois une responsabilité et une opportunité : celle de continuer à jouer un rôle moteur en Europe et dans le monde, en valorisant pleinement notre savoir-faire. Car derrière ces applications, il y a des vies, des espoirs et des parcours de soins », rappelle Mathieu Bihet, ministre de l’Énergie, en soulignant l’importance de la thérapie par radioligands. Il n’est pas le seul à le faire. D’autres responsables politiques ont déjà manifesté leur soutien sous la forme de deux propositions de résolution à la Chambre des représentants de Belgique : l’une de Kathleen Depoorter (N-VA) et l’autre d’Inge De Cuyper (Anders). Une telle résolution constitue un signal important : les parlementaires s’en servent pour inscrire un thème à l’ordre du jour.
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1. Ninatti, G., Lee, S. T., & Scott, A. M. (2025). Radioligand Therapy in Cancer Management: A Global Perspective. Cancers, 17(21), 3412. https://doi.org/10.3390/cancers17213412
Gagner rapidement en capacité
Le processus est déjà bien engagé, mais il reste beaucoup à faire sur plusieurs fronts : les infrastructures, la vision à long terme et la législation. Des décideurs politiques, des scientifiques, des cliniciens et des experts se réunissent aujourd’hui pour débattre de ces questions. RLT4Belgium, le plan d'action belge pour la thérapie par radioligands, a déjà identifié les priorités. Actuellement, la mauvaise répartition géographique des scanners PET, le manque de salles de thérapie, le remboursement limité et l'obligation d'une nuit d'hospitalisation freinent une mise en œuvre à grande échelle. La demande en radio-isotopes médicaux est en forte hausse. Il devient également de plus en plus urgent d’intégrer plus rapidement et de manière structurelle des médecins spécialistes en médecine nucléaire au sein des équipes multidisciplinaires d’oncologie. « Grâce à ces recommandations, nous pouvons rapidement gagner en capacité. Un remboursement élargi permettrait aux médecins d’évaluer le diagnostic et les chances de réponse au traitement en une seule étape. Une durée d’hospitalisation plus courte crée immédiatement une marge de manœuvre supplémentaire dans l’occupation des salles de thérapie. L'augmentation de la production nécessite toutefois des investissements dans les infrastructures. De tels choix doivent néanmoins être pris au niveau politique », explique Nadia Withofs, spécialiste en médecine nucléaire au CHU de Liège, et ancienne présidente de la Société belge de médecine nucléaire (BELNUC). Ce sommet donne un nouvel élan aux deux résolutions ainsi qu'aux travaux préparatoires menés par RLT4Belgium, compte tenu de l'importance croissante de la thérapie par radioligands.
Intégration dans le nouveau Plan Cancer de la Belgique
Ce nouvel élan arrive à point nommé. De nouvelles applications cliniques sont imminentes. Parallèlement, le ministère de la Santé publique, le SPF Santé publique, l’INAMI et Sciensano travaillent à l’élaboration du Plan Cancer pour la période 2026-2030. Ce plan à long terme vise à améliorer la prise en charge du cancer en misant sur la prévention, le dépistage précoce, des traitements de qualité et le suivi. « L'AFMPS soutient le Plan Cancer dans le cadre de sa mission visant à garantir des traitements sûrs, efficaces et de bonne qualité, et souhaite ainsi contribuer au développement et à l'ancrage de la thérapie par radioligands en tant que nouvelle option thérapeutique », explique Hugues Malonne, directeur-général de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS). La thérapie par radioligands pourra anisi devenir un pilier incontournable de la lutte contre le cancer en Belgique.
La médecine nucléaire en Belgique : quelques chiffres
La Belgique dispose de tous les atouts pour déployer la thérapie par radioligands à grande échelle et jouer un rôle de pionnier dans ce domaine. Au total, notre pays compte :
- 5 000 professionnels
- 350 médecins spécialisés en médecine nucléaire
- 18 « Theranostics Centers of Excellence » agréés
- 2 instituts belges, à savoir le SCK CEN à Mol et l'IRE à Fleurus. Ils jouent un rôle indispensable dans la production mondiale de radio-isotopes médicaux.
- 35 000 transports par an au départ de la Belgique pour acheminer en toute sécurité des radio-isotopes médicaux à travers le monde
- Une forte capacité en matière d'essais cliniques
Fonctionnement de la thérapie par radioligands
La thérapie par radioligands combine deux éléments essentiels : un ligand qui se fixe à des récepteurs spécifiques présents sur les cellules cancéreuses et une substance radioactive, appelée radio-isotope, qui irradie ces cellules de manière ciblée. Une fois injectée dans le sang, cette combinaison se dirige de manière ciblée vers la tumeur et ses éventuelles métastases. Une fois fixé, le radio-isotope irradie les cellules cancéreuses avec précision, provoquant leur mort et le rétrécissement de la tumeur. Cette approche précise permet d’épargner le tissu sain autant que possible, réduisant ainsi les effets secondaires et améliorant la qualité de vie du patient.