Le SCK CEN et Navigo Proteins veulent accélérer l'accès des patients à la thérapie par radioligands
Les expertises complémentaires permettent de gagner un temps précieux dans le développement
Le centre de recherche nucléaire SCK CEN et l'entreprise allemande de biotechnologie Navigo Proteins unissent leurs forces. En combinant leurs expertises uniques en matière de molécules porteuses et de radio-isotopes, ils souhaitent donner une forte impulsion au développement de la thérapie par radioligands. Cette initiative nous rapproche encore plus d’une meilleure qualité de vie des patients atteints d’un cancer.
Dans la thérapie par radioligands, une molécule spécialement conçue se dirige directement vers une tumeur mais aussi immédiatement vers d'éventuelles métastases. Au cours de son voyage, elle transporte un radio-isotope avec elle. Ce radio-isotope irradie les cellules cancéreuses de manière très précise et locale. Les cellules sont endommagées, ce qui entraîne leur mort, et la tumeur elle-même finit par rétrécir. « Nous parlons ici de médecine de précision. Pour les patients, cela se traduit par moins d'effets secondaires et une meilleure qualité de vie », explique Koen Hasaers, directeur de l’institut Nuclear Medical Applications. Cette thérapie est déjà utilisée aujourd'hui avec le radio-isotope lutécium 177 pour traiter le cancer de la prostate métastatique et les tumeurs neuroendocrines, qui se développent dans les organes du système digestif, notamment l'estomac, le pancréas et les intestins. Cependant, l'utilisation de la thérapie par radioligands pour d'autres types de cancer nécessite encore beaucoup de recherche et de développement.
Les molécules de la société allemande de biotechnologie Navigo Proteins sont déjà dans la file d'attente pour être définies comme molécules porteuses appropriées. Pour leurs molécules, le moment est venu d'entamer la prochaine phase de développement. Le centre de recherche nucléaire SCK CEN s'en chargera. « Dans cette phase, nous lions les molécules porteuses au terbium 161 », précise Koen Hasaers. Ce radio-isotope est considéré comme l'un des radio-isotopes thérapeutiques de l'avenir. « Nous testons ensuite ces produits radiopharmaceutiques dans un cadre préclinique. Ce faisant, nous évaluons si ces molécules parviennent à apporter le radio-isotope à la tumeur et nous évaluons leur efficacité. » Plusieurs molécules porteuses, pas encore dévoilées, seront examinées de cette manière. L'objectif est d'identifier une molécule porteuse candidate prometteuse d'ici deux à trois ans et de préparer toutes les données nécessaires pour que des essais cliniques puissent être lancés.
Un gain de temps précieux en matière de développement
Le centre de recherche nucléaire SCK CEN estime que les deux partenaires gagneront un temps précieux en matière de développement grâce à cette collaboration stratégique. « Navigo Proteins et le SCK CEN ont tous deux une grande expérience dans l'un des principaux composants des produits radiopharmaceutiques. Navigo Proteins est un expert dans le développement de molécules porteuses, tandis que nous avons l'expertise et l'infrastructure pour la recherche préclinique ainsi que la production de terbium 161. Ces connaissances complémentaires que nous combinons maintenant sont inestimables », déclare Koen Hasaers.
Le Dr Ulrich Haupts, Managing Director et CSO de Navigo Proteins, se montre tout aussi enthousiaste à l'égard de ce partenariat stratégique. « Cette collaboration nous donne accès au radio-isotope prometteur terbium 161. En combinant cet accès et le travail de pionnier du SCK CEN avec notre expertise, nous créons une opportunité unique de faire des progrès significatifs dans la lutte contre le cancer. »
Principaux composants des produits radiopharmaceutiques
Les produits radiopharmaceutiques sont formés de trois composants principaux. Le premier est le radio-isotope qui irradie localement la tumeur. Le deuxième est une molécule porteuse qui transporte le radio-isotope vers les cellules cancéreuses. Le troisième est le chélateur, que l'on peut appeler la chaîne entre le radio-isotope et la molécule porteuse.
Terbium 161 : un effet thérapeutique plus important
Les thérapies ciblées contre le cancer utilisant le terbium 161 devraient avoir un effet thérapeutique plus important. C’est dû à ses propriétés particulières. Le terbium 161 possède la propriété d’émettre immédiatement une moyenne de deux électrons Auger de faible énergie par particule bêta lorsqu’il se désintègre. Une fois émis, ces électrons, comme les particules alpha, ne voyagent pas loin. Cela signifie que, par injection, une dose plus élevée peut s'accumuler très localement près de la cellule cancéreuse. En théorie : une dose locale plus élevée signifie un effet thérapeutique plus important, tout en épargnant les tissus sains.
La production disponible de terbium 161 est principalement assurée par la société néerlandaise TerThera et le centre d’étude nucléaire belge SCK CEN. TerThera bénéficie d’un accès constant à la matière première, le gadolinium 160, tandis que le SCK CEN a mis au point une technique de séparation en interne pour isoler du terbium 161 pur. Après purification, TerThera livre le radio-isotope à l’acteur suivant de la chaîne de production, qui lui associe une molécule porteuse et transforme le tout en produits radiopharmaceutiques.