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Factcheck : D’où vient la radioactivité dans le nid de guêpes aux États-Unis ?

« Des guêpes radioactives inquiètent la Caroline du Sud ». C’est ce que titrait « De Morgen » après que des ouvriers ont découvert un nid de guêpes radioactives sur le site de l’ancienne usine d’armes nucléaires de Savannah River en juillet. Un nid de guêpes est un endroit pour le moins inhabituel pour y découvrir de la radioactivité. Mais derrière chaque phénomène se cache une explication logique. Et dans ce cas, quelle est-elle ? Pas de fuites au niveau des réservoirs de déchets ni d’insectes contaminés, mais des processus écologiques qui transportent et concentrent les radionucléides. Grâce à des années de recherche sur ces mécanismes, les experts du SCK CEN, comme Geert Biermans, peuvent estimer où se niche la radioactivité – et surtout : comment il faut interpréter ce phénomène. Une réponse à la question : d’où vient la radioactivité dans le nid de guêpes aux États-Unis ?

SCK CEN - Radioactieve wespennest (2025)

Pendant des décennies, le site de Savannah River, en Caroline du Sud, a été un site stratégique de production de matières nucléaires destinées aux armes nucléaires américaines. Ces activités ont été arrêtées en 1988, mais le site abrite encore 43 réservoirs souterrains contenant des déchets radioactifs liquides. Cet été, des ouvriers ont découvert un nid de guêpes radioactif sur le site. Si cela peut sembler alarmant, ce n’est pourtant pas le cas : il n’y a aucune raison de paniquer. « Il ne s’agit pas d’une fuite des cuves de stockage », rassure d’emblée Geert Biermans, expert en assainissement de sites au SCK CEN. « Les guêpes n’utilisent pas de substances liquides dans leur nid. Elles utilisent le bois présent dans leur environnement et c’est là qu’il faut chercher la cause de cette radioactivité ».

SCK CEN - Radioactieve wespennest (2025)

« Des ouvrières qui utilisent des matières premières contaminées »

Pas dans les réservoirs, mais donc dans l‘environnement. Comment cela se fait-il ? Geert Biermans nous explique : « Les arbres puisent leurs nutriments dans le sol, mais toute activité industrielle peut y laisser des traces. La végétation absorbe donc également les contaminants, dont la radioactivité. Ces substances se retrouvent ensuite dans le tronc et dans les branches. Ce bois jouit d’une deuxième vie quand les guêpes commencent à construire leurs nids », poursuit Geert Biermans. À l’aide de leurs puissantes mâchoires, les guêpes rongent les morceaux de bois des arbres (morts) et les broient en fibres. Elles mélangent ces fibres à de la salive pour former une sorte de papier mâché, qu’elles utilisent pour construire leur nid, couche après couche. « C’est ainsi qu’elles introduisent involontairement de la radioactivité dans leur nid. »

Qu’en est-il des arbres eux-mêmes ? « Les arbres contiennent beaucoup d’eau, ce qui permet de diluer les éventuelles substances radioactives. Dans le cas d’un nid de guêpes, la situation est différente. Quand la pulpe de fibre sèche et que l’eau s’évapore, il reste une texture sèche, semblable à celle du papier. Dans ce matériau desséché, la concentration de radioactivité est plus élevée. » La matière utilisée pour la construction du nid peut être radioactif, mais les guêpes elles-mêmes ne le sont pas. Il ne s’agit de rien d’autre que d’ouvrières qui construisent leur nid avec des matières premières contaminées ». 

Des animaux radioactifs

Les guêpes n’utilisent la pulpe de bois que comme matériau de construction et après l’avoir mélangée à de la salive, elles régurgitent la pâte ainsi formée. Contrairement aux guêpes, certains animaux consomment bien des aliments contaminés : le sanglier autrichien et le renne norvégien. Après la catastrophe de Tchernobyl, il a plu en Autriche et en Norvège, ce qui a entraîné le dépôt de césium dans le sol. Par après, une radioactivité accrue a été détectée dans la viande de sanglier et de renne. 

Comment est-ce possible ?

  • Everzwijn in grasvlakte

    1. Sangliers en Autriche

    En mangeant leur aliment préféré : les truffes. Les truffes absorbent de grandes quantités de radioactivité provenant de la couche supérieure du sol, c’est-à-dire là où se trouve la majeure partie de la contamination au césium à ce jour. Au fil des ans, le césium s’est en effet fixé aux particules d’argile du sol, rendant plus difficile son absorption par les plantes ou les champignons. En outre, l’UE applique des contrôles stricts à ces denrées alimentaires. « Nous pouvons donc manger à notre guise un steak de sanglier à la sauce aux champignons en provenance d’Autriche », a déclaré Geert Biermans.

  • Rendier in donker bos

    2. Rennes en Norvège

    En mangeant des lichens et des champignons – la nourriture de prédilection des troupeaux de rennes norvégiens en hiver. « Au cours de ces périodes, les scientifiques ont constaté un pic des niveaux de rayonnement chez les rennes », explique Geert Biermans. Aujourd’hui, la radioactivité de la plupart des rennes est redescendue en dessous de la norme de sécurité européenne, notamment parce que les Samis – le peuple autochtone de Laponie – ont déplacé leur zone de pâturage.

Il ne s’agit de rien d’autre que d’ouvrières qui construisent leur nid avec des matières premières contaminées
Geert Biermans, expert en assainissement de sites
2 colleagues discussing modeling and impact studies

Assainissement des sites : la connaissance comme tremplin

Si le centre de recherche nucléaire SCK CEN peut expliquer de tels phénomènes, c’est parce que, depuis des années, il étudie le comportement des radionucléides dans l’écosystème et les chaînes alimentaires. Cette connaissance est cruciale dans le cadre de l’assainissement d’anciens sites nucléaires. En termes techniques, on parle de legacy sites (sites hérités). Pour déterminer les bonnes options d’assainissement, le SCK CEN commence par cartographier le site. Les scientifiques calculent ensuite les conséquences potentielles de la contamination à court, moyen et long terme pour ensuite pouvoir formuler des options d’assainissement appropriées.

« L’objectif ultime est d’estimer et limiter au minimum l’impact radiologique, en respectant toujours les directives légales. Si l’impact est élevé, nous devons utiliser des techniques d’assainissement. On peut ainsi procéder à des excavations, utiliser des additifs pour le sol ou reboiser pour immobiliser la radioactivité. Comme vous pouvez le lire, nous nous servons aussi parfois de la nature comme d’une alliée. Il est donc essentiel que nous connaissions et contrôlions parfaitement ces processus écologiques. Celui qui comprend la nature peut aussi la faire participer à sa restauration », conclut-il.

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