Les centrales nucléaires sont-elles préparées à faire face aux incendies de forêt ?
Des Hautes Fagnes au sud de l'Europe : ces derniers mois, les images d'incendies de forêt ont régulièrement fait la une de l'actualité. Mais quelles sont les conséquences de tels incendies pour les centrales nucléaires ? Les sites nucléaires sont-ils préparés à faire face à de telles situations ? Cette question a été posée à nos experts de l'équipe « Gestion de Crise et Aide à la Décision (CMD) » dans le cadre de leur soutien scientifique au Centre européen de coordination de la réaction d'urgence (ERCC).
La réponse courte ? Oui, les centrales nucléaires et les sites nucléaires sont préparés à faire face à un large éventail d’événements externes, y compris les incendies dans leur environnement immédiat. Cela ne repose pas sur une seule mesure, mais sur plusieurs niveaux de protection et dispositifs techniques qui, ensemble, garantissent la sûreté de l’installation.
Identifier les risques
Une centrale nucléaire n'est pas conçue uniquement en fonction de ce qui peut se passer à l'intérieur de l'installation. Les risques externes sont également pris en compte. On peut citer, par exemple, les séismes, les inondations, les conditions météorologiques extrêmes et les incendies dans les environs.
En cas d'incendie, on examine notamment comment celui-ci peut se développer et se propager, ainsi que les conséquences que cela peut avoir sur l'installation. La résistance des barrières coupe-feu et la protection des systèmes de sécurité essentiels sont également prises en considération.
En Belgique, ce type de révision périodique de la sécurité a lieu tous les dix ans. À cette occasion, on vérifie si l'installation et les processus mis en œuvre sont toujours conformes aux règles de sécurité, aux normes et aux pratiques internationales en matière de sécurité en vigueur.
Plusieurs couches de protection
La protection commence dès l'extérieur de la centrale nucléaire. Une zone exempte d'arbres, d'arbustes et d'autres matériaux inflammables est maintenue autour du site. Un incendie a ainsi moins de chances d'atteindre des bâtiments importants.
Si un incendie venait malgré tout à se propager davantage, plusieurs mesures sont prévues pour éviter que les principaux systèmes de sécurité ne soient menacés en même temps.
Les bâtiments et les installations sont par exemple répartis en compartiments distincts. Les barrières coupe-feu permettent quant à elles d'empêcher un incendie de se propager d'une partie à l'autre.
Les systèmes essentiels au fonctionnement sûr des installations nucléaires sont délibérément séparés les uns des autres et prévus plusieurs fois. Dans les centrales nucléaires belges de Doel et de Tihange, par exemple, les équipements sensibles sur le plan de la sécurité sont présents en trois exemplaires. Ce principe s’appelle la redondance : en cas de panne de l’un des systèmes, un autre est immédiatement prêt à prendre la relève.
La diversification joue par ailleurs un rôle. Les systèmes de back-up peuvent être basés sur différents principes de fonctionnement. Cela permet d'éviter qu'un même problème ou mécanisme de défaillance n'affecte tous les systèmes en même temps.
Maintenir également la fumée et les cendres à l'extérieur
Un incendie de forêt n'entraîne pas seulement des flammes. La fumée et les cendres peuvent aussi constituer un risque lorsqu'elles pénètrent dans des bâtiments importants.
C'est pourquoi les salles de contrôle et autres bâtiments essentiels à la sécurité sont équipés de filtres qui retiennent les particules fines présentes dans l'air. Si nécessaire, les entrées d'aération peuvent être fermées automatiquement ou le système de ventilation peut basculer en mode circulation interne de l'air.
Cela permet d'éviter que la fumée et les cendres ne perturbent les dispositifs de sécurité essentiels.
Ensemble, ces mesures garantissent qu'un événement externe, tel qu'un incendie de forêt, ne puisse pas désactiver toutes les fonctions de sécurité en même temps.