L’international au top à Mol pour les MYRRHA World Days

2019-11-05

 

Le Centre d’Etude de l’Energie Nucléaire (SCK•CEN) organise cette semaine les MYRRHA World Days. 220 décideurs politiques, scientifiques et investisseurs de 23 pays y prennent part, dont Carlo Rubbia, lauréat du prix Nobel de physique et père de la technologie à l’origine du projet MYRRHA.

Prix Nobel de physique et ancien directeur du CERN, Carlo Rubbia a développé l’idée en 1993 d’un Energy amplifier, un réacteur nucléaire qui produit de l’électricité en brûlant la quasi-totalité de ses déchets nucléaires et ceux d’autres réacteurs. Le caractère unique de ce concept réside dans un cœur refroidi au plomb. Et comme ce cœur ne contient pas suffisamment de matière fissile pour maintenir spontanément une réaction en chaîne, Carlo Rubbia lui a couplé un accélérateur de particules. L’accélérateur envoie des protons sur une cible produisant ainsi des neutrons, qui à leur tour maintiennent la réaction de fission dans le réacteur. Ce concept innovant, baptisé ADS pour Accelerator Driven System, a été salué à travers le monde. Depuis, la recherche dans ce domaine n’a eu de cesse de s’intensifier.

« La recherche sur les ADS a fortement été encouragée par la décision du gouvernement belge de construire MYRRHA, une infrastructure de recherche innovante », explique Eric van Walle, directeur général du SCK•CEN. «MYRRHA est le premier prototype au monde d’un réacteur de recherche à haute puissance utilisant le concept d’ADS. Nous mettons donc en pratique à l’échelle semi-industrielle l’idée originelle de Carlo Rubbia. Une première ! »

 

Un premier contrat de 7,6 millions d’euros
Un an après cette décision, MYRRHA se concrétise pas à pas. Un premier contrat est signé ce mardi pour la conception des bâtiments et des utilitaires (système de refroidissement, approvisionnement en eau et électricité) de la première phase de l’accélérateur. Le bâtiment principal, un tunnel, qui accueillera la première partie de l’accélérateur, fait à lui seul 150 mètres de long pour 7,5 mètres de large et 3,5 mètres de haut « Nous sommes fiers d’annoncer aujourd’hui la signature d’un accord avec l’entreprise belge Tractebel et l’entreprise espagnole Empresarios Agrupados. C’est une première contribution majeure de MYRRHA à l’économie belge », conclut Hamid Aït Abderrahim.

Un impact sociétal
Ce mardi 5 novembre 2019, le top mondial dans le domaine des systèmes pilotés par accélérateur (ADS) est réuni au SCK•CEN à Mol. La Ministre belge de l’Energie, de l’Environnement et du Développement durable, Marie Christine Marghem est également présente pour insister sur l'importance d’investir dans un projet nucléaire ambitieux et innovant tel que MYRRHA pour maintenir l'expertise, les connaissances et le savoir-faire dans le domaine nucléaire. « Nous nous réunissons pour présenter les progrès enregistrés par MYRRHA et mettre en avant l’impact sociétal de cette grande infrastructure de recherche pour les générations futures. Les systèmes pilotés par accélérateur, dont MYRRHA est le chef de file, ouvrent la voie à de nouvelles applications », affirme Hamid Aït Abderrahim, directeur général adjoint du SCK•CEN et directeur du projet MYRRHA. « MYRRHA contribuera au développement de nouveaux radio-isotopes permettant le développement de thérapies innovantes pour lutter contre le cancer. Grâce à MYRRHA, nous développerons aussi la technologie qui réduira drastiquement, par le procédé de la transmutation, le volume et la radiotoxicité des déchets hautement radioactifs. Ce faisant, nous étudions une solution visant à optimiser l’enfouissement géologique. »


Pour Carlo Rubbio : « Il est de notre devoir en tant que scientifiques, de tenter de relever les défis qui impactent le monde. Répéter le passé ne nous permettra pas de trouver des solutions, par contre repousser les frontières du savoir, nous conduira assurément à de nouvelles découvertes. MYRRHA est une vaste infrastructure de recherche remarquable pour relever certains des défis les plus fondamentaux. Ce projet enrichira la recherche mondiale en matière de traitement des déchets nucléaires et ouvrira la voie au développement d’une énergie nucléaire durable. » Aux côtés de Carlo Rubbia, de nombreux orateurs renomés prendront la parole lors de cette journée, dont Domenico Rossetti di Valdalbero (chef adjoint de l’unité du programme de recherche Euratom de la DG Recherche & Innovation de la Commission européenne), le Français Jean-Luc Biarotte (directeur scientifique, IN2P3/CNRS), l’Allemand Walter Tromm (directeur du Karlsruhe Institute of Technology) et le Japonais Yukitoshi Miura (directeur exécutif de la Japan Atomic Energy Agency).

Une infrastructure créatrice d’emplois
Le gouvernement belge a également décidé de soutenir MYRRHA en raison de la valeur ajoutée socio-économique importante du projet. La valeur ajoutée de MYRRHA a été estimée à près de 7 milliards d’euros. « Le projet va créer de l’emploi », illustre Hamid Aït Abderrahim. « Aujourd’hui, notre équipe compte 135 personnes, mais ce sont près de 700 personnes qui travailleront en moyenne chaque année sur MYRRHA, tant pendant la phase de construction que celle d’exploitation de l’infrastructure. C’est aussi pour cette raison qu’en 2015, le projet MYRRHA a été repris dans le plan d’investissement de la Commission européenne (le Plan Juncker). »

L’installation verra le jour sur le site du SCK•CEN à Mol. Les étapes préparatoires à la construction effective de l’infrastructure avancent. Sa Majesté le Roi des Belges a pu s’en rendre compte lors de sa visite officielle en juin dernier. La mise en service de MINERVA, la première phase du projet MYRRHA, est prévue en 2027 avec la production de radio-isotopes médicaux innovants.