Le béryllium-7 pour mieux prévoir les pluies de mousson

2019-03-18

Le béryllium-7 radioactif naturel permet de mieux prédire, avant qu’elles ne commencent, l’intensité et la durée des pluies de mousson en Inde. C’est ce que révèle une étude menée par Lucrezia Terzi, collaboratrice scientifique associée au SCK•CEN et à l’université de Vienne. Lucrezia : « On sait depuis longtemps que la concentration en béryllium-7 fluctue en permanence dans l’atmosphère. Désormais, nous pouvons également associer aux pluies de mousson les valeurs que nous mesurons à différents endroits. »

L’agriculture indienne dépend des pluies de mousson pour que les grandes cultures comme celles du riz, de la canne à sucre et des graines oléagineuses puissent s’épanouir, mais les pluies de mousson ont aussi entraîné à maintes reprises de nombreuses inondations. C’est ce qui explique toute l’importance pour la société et l’économie indiennes de mieux prévoir le début, la durée et l’intensité de ces pluies.

Et c’est précisément le béryllium-7 qui peut constituer ce meilleur ‘pronostiqueur’. C’est ce qu’indique l’étude menée par Lucrezia Terzi, collaboratrice scientifique au SCK•CEN. Dans son analyse, elle se sert de données provenant de l’International Monitoring System (IMS). Bon nombre de pays travaillent avec ce système de surveillance international pour vérifier s'il n’est plus guère procédé à des essais nucléaires, comme le prévoit le Traité d'interdiction complet des essais nucléaires (Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty). « Le système de surveillance international (International Monitoring System, IMS) se compose de 337 stations, dont 297 sont actuellement opérationnelles. Le réseau mesure les activités sismiques, les vibrations dans l'atmosphère et dans les océans et les concentrations de particules radioactives », explique Johan Camps. En sa qualité de scientifique du
SCK•CEN, Johan fait partie du Centre de données national belge, lequel analyse les données de l’IMS. « Le béryllium-7 est un radionucléide d’origine naturelle, créé dans la haute atmosphère (sous l’effet de l’interaction du rayonnement cosmique et des molécules d’air), et qui se déplace vers la surface de la Terre avec la circulation atmosphérique globale. Nous mesurons en permanence le béryllium-7, et c’est pour nous une excellente référence afin de mieux interpréter des mesurages suspects qui peuvent indiquer une explosion atomique. »

Les données de l'IMS sont saisies dans d'autres applications. Par exemple, Lucrezia Tirza, collaboratrice scientifique au SCK•CEN, a compilé toutes les données d'Australie d'une part et de Russie d'autre part, mesurées entre 2003 et 2018. Elle les a posées le long de la documentation sur les moussons indiennes et a constaté un lien. « Les concentrations moyennes en béryllium-7 fluctuent. Lorsque les concentrations de béryllium-7 étaient faibles en Australie, on constatait des concentrations élevées en Russie, et inversement. Le point où les données des deux pays se rejoignaient peut être lié aux moussons », dit Lucrezia.

La méthode de Lucrezia permet de prédire 52 jours à l'avance le début des moussons, avec une précision de +/- 3 jours. « En comparaison, les méthodes traditionnelles ne permettent de les prédire que de une à trois semaines à l'avance. Cela fait une différence pour les riziculteurs s'ils peuvent planifier leur travail cinq
semaines à l'avance », conclut Lucrezia.

En savoir plus

L’étude a été publiée en libre accès dans Scientific Reports et peut être consultée en suivant ce lien.